Il y a quelque chose de louche dans la rosée du
matin, Quelque chose de putride dans l’odeur du jasmin, Une sensation d’avril que les faits sont dociles, Un frisson assez laid, nos boyaux sont percés.
J’ai acheté du jambon de Parme, Ma carte de crédit est en panne Et sur le ticket le nom de la caissière, J’imagine mon sexe qui traverse ses viscères.
A la sortie du supermarché Champion, Nous ne penserons plus à mal, Sous couvert des bruits de la circulation, Nous voguerons vers le chaos végétal.
Tu sembleras sereine, Une allure de petite chienne Sur le chemin de la roseraie Et dans mes yeux ta main N’est pas la sienne, Peut être qu’un jour j’oserai…
On dira ce que l’on voudra, Le jardin des plantes n’est pas une réussite. Devant nous un cadavre de rat,
A midi, l'horizon s'affaisse, La journée est parfaitement ancrée, Je voudrais que la douleur cesse, Une douleur nettement determinée.
Si l'avenir nous sourit, La fin demeure funeste, La chair qui pourrit, Et les vers qui font le reste.
Ressentir la présence des veines L"insouciance des chinois à Bastille, La probabilité sotte et saine D'autre chose qu'une vie que l'on annihile.
Les passants transitent en des spasmes ridicules, fondus dans un décor malsains Ils imaginent leur sort serein Et téléchargent des séries allemandes sur Emule
Qu'ils absorbent seuls et sales Dans des boîtes sépulcrales Qui leurs disent quoi manger. Ils se resserviront en Emmental.
Statistiquement, il doit résider une exception, Une destinée à l'abri des cercueils Sans envie d'un paquet de jambon, Sans pulsion d'un séjour à Djerba Et tentation d'un gel douche au jojoba.
Les murs sont proches, Mais je ne perds pas l'espoir, Un maghrebin fouille au fond de sa poche Puis enfouie son sort au sein de son mouchoir.
Ce soir, mes gestes sont dépourvus de signalétiques, Je m'imagine sordide et las C'est une conclusion qui s'imposera A l'abscisse des cyprès, à l'arrière d'une clinique.
Dans un dernier râle lamentable Je baignerai dans mon urine L'infirmière posera mon repas sur la table Et me tendra sa carabine.
Enfin, tout sera tranquille. J'observerai au loin Le transit éthéré d'ascendants missiles.
Nous poursuivons, amers, un idéal, Une brume convexe aux contours incertains. Les rares élus lui prêtent une silhouette radiale Une silhouette brune de ces grands magasins.
Le bonheur des femmes est une science exacte, Plat et serein, je perçois au loin un lac Où les vieilles rives s'effritent Où la rancoeur est une limite.
Au bord s'y tiennent encore Les anciennes processions chamaniques. Les sages sont déjà morts Remplacés par des VRP en domotique
Incarnés sous les traits De jeunes cadres habiles Leur condition est douce, Leur horizon docile.
Nous traquons, avides, un idéal, Tapis et en masse En position foetale, En dehors de l'espace.
Le père de famille se représente le célibat Et trace une corne d'abondance. Mais le samedi est isolé et plat L'ennui remplit la panse
D'un liquide saumâtre En dessous des cris D'une mégère acariâtre Qui ne quitte plus son lit.
On aurait pu l'estimer acquis, L'ensemble de cette bonne fortune, Mais le lac s'est tari En périphérie de Béthune.